10 fév 2012

Posté par dans Outils pédagogiques | 45 Commentaires

Mon élève chante faux

Voici sans doute l’un des problèmes les plus fréquemment rencontrés par les pédagogues de la voix, et ô combien mal corrigé.

Il n’est pas question ici de donner l’astuce parfaite pour arranger un problème de chant faux, mais seulement des pistes de recherches pour que, selon les élèves en difficulté, vous puissiez trouver le bon chemin pédagogique à emprunter pour le corriger.

Avant de vouloir chercher à régler un problème de chant faux, il faut déjà en chercher la cause. Le meilleur moyen est encore de tester et de demander à votre élève, de lui poser des questions. Après un bref interrogatoire, vous pourrez cataloguer votre élève dans l’une des deux catégories suivantes :

A- l’élève s’entend chanter faux pendant qu’il chante
B- l’élève ne s’entend pas chanter faux pendant qu’il chante

Une fois ce premier tri de fait, nous rencontrons des sous classements. Commençons par les sous-classements de la première catégorie :

A- l’élève s’entend chanter faux pendant qu’il chante

1. il parvient à rétablir sa voix
2. il ne parvient pas à rétablir sa voix

Dans le cas A1, il n’existe pas vraiment de problème, car l’élève saura retomber sur ses pas. Il serait en revanche intéressant de trouver la raison pour laquelle il s’est mis à chanter faux :

A- l’élève s’entend chanter faux pendant qu’il chante

1. il parvient à rétablir sa voix

a) il a chanté faux parce qu’il ne connaissait pas la mélodie
b) il a chanté faux parce qu’il a perdu le contrôle de sa voix à ce moment précis
c) il a chanté faux parce que ce passage de la chanson lui est inaccessible vocalement
d) il a chanté faux parce qu’à ce moment de la chanson, il ne s’entend plus chanter

Après un pareil balayage, et seulement alors, il est possible d’intervenir pédagogiquement pour rétablir le tir.

Poursuivons avec le cas A2.

A- l’élève s’entend chanter faux pendant qu’il chante

2. il ne parvient pas à rétablir sa voix

a) parce que son étendue vocale ne lui permet pas de chanter ce passage du morceau (problème de tessiture)
b) parce que sa technique vocale ne lui permet pas de chanter ce passage du morceau (problème de souffle, d’articulation, etc.)
c) parce qu’il n’entend pas quelles sont les notes qu’il doit chanter, ou qu’il ne connait pas le morceau

A nouveau, c’est à partir de ce niveau, et seulement alors, que le pédagogue peut corriger le problème.

Passons à présent au cas où l’élève est classé dans la catégorie B.
Dans cette situation (l’élève ne s’entend pas chanter faux pendant qu’il chante) nous allons lui proposer de l’enregistrer. Il rechantera le même morceau, puis vous lui ferez écouter l’enregistrement.

B- l’élève ne s’entend pas chanter faux pendant qu’il chante

1. il se rend compte de la fausseté en se réécoutant
2. il ne se rend pas compte de la fausseté même en se réécoutant

Dans le cas B1, la question est de savoir « pourquoi il ne s’entend pas pendant qu’il chante », car après écoute, il prend conscience des faussetés. Dans ce genre de cas, il est important d’augmenter l’impact de la boucle Oreille-Larynx de l’élève pendant qu’il chante, par exemple, en le faisant chanter près d’un mur, ou en lui demandant d’utiliser ses mains comme des conducteurs du son en leur donnant la forme d’une passerelle allant de sa bouche à son oreille.

Dans le cas B2, le problème n’est pas lié à « l’écoute » mais à « l’entente » et donc à l’oreille en général, et plus précisément à la reconnaissance des notes et des différences entre elles. Il est important alors de reprendre les exercices de différenciation des sons en lui faisant écouter des notes avec écart de ton puis de demi-ton afin d’entraîner son oreille à discerner les subtiles différences entre chaque note. Il est aussi possible de lui jouer au piano les notes qu’il chante, puis de lui jouer les notes qu’il devrait chanter, de lui demander de rechanter les notes qu’il a d’abord chanté, puis de chanter les bonnes notes jouées au piano, afin de sentir les différences qui se produisent à l’intérieur de sa gorge.

Enfin, il existe un dernier cas, un petit C fort discret, mais existant quand même…

C- Mon élève chante juste… mais pense chanter faux !

Ce cas n’est pas rare, bien au contraire. Il est très souvent le fruit de deux problèmes (indépendants mais pouvant parfois être couplés chez une même personne)

C- Mon élève chante juste… mais pense chanter faux !

1. il pense chanter faux car il n’aime pas sa voix et confond le confort vocal, la beauté de la voix et la justesse
2. il pense chanter faux car il confond le son fondamental et les harmoniques qui composent le son

Dans le cas C1, le travail du pédagogue ne sera pas de prouver la beauté de la voix de l’élève (bien que cela soit un objectif pédagogique valable), mais l’objectif qui nous intéresse ici est de faire prendre conscience à l’élève que sa voix est juste, indépendamment de son appréciation personnelle, avec un instrument de musique de préférence, le piano étant l’idéal.

Dans le cas C2, l’objectif pédagogique sera surtout de faire prendre conscience à l’élève de la différence entre le son fondamental chanté, et les harmoniques de la voix. Jongler entre les voyelles extrêmes du triangle vocalique (a, i, ou) sur une même note est un excellent moyen de conscientiser cette différence, de faire sentir à l’élève qu’il est possible d’avoir un son très clair ou très foncé sur une même note chantée.

  1. Bonjour,
    J’aime bien la structure d’analyse que vous proposez. Merci!
    Si cela peut être utile, je vous partage une anecdote…
    Alors que j’étais étudiante à l’école de théâtre,
    il y avait un étudiant qui à tout coup chantait une harmonique
    sans savoir si la note qu’il faisait était plus basse ou plus haute que la note du piano. Notre prof de chant à réglé le problème
    en le faisant chanter, le ventre collé sur le piano! Au contact des vibrations du piano, il s’est mis à chanter juste!!! Il s’est ainsi entraîner pour enfin chanter sans toucher le piano. c’était vraiment un exercice qui lui a permis de faire un progrès remarquable. =D

    Belle journée!
    Gina Couture
    Coach d’acteur
    =)

    • Merci beaucoup Gina pour ce témoignage.

      Effectivement, c’est un autre moyen pour « capter le son » car l’on peut soit le recevoir soit par « audition », soit par « pallesthésie ». C’est une solution que j’avais d’ailleurs utilisé sur une élève relativement âgée qui souffrait d’une perte d’audition plus que conséquente, ce qui l’empêchait réellement « d’entendre ». Le fait de « capter le son » par le corps permet de se calibrer en usant d’autres stratagèmes, mais le résultat est vraiment fantastique :)

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